Le double écart entre les ambitions et des capacités de l’Union africaines en matière de maintien de la paix
- Source https://www.diis.dk/
- Date : 2026-08-19
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Dans cet article publié par le Danish Institute for International Studies (DIIS), l’autrice, Corinne van Emmerik, chercheuse au sein de l’institut, s'intéresse au rôle que l'Union africaine (UA) en termes de maintien de la paix, alors qu'elle est sous pression de prendre un plus grand rôle sur le continent, en raison de la mise en retrait des Nations unies et de l'Union européenne et du désengagement américain du multilatéralisme. Or ce rôle attendu de l'UA se heurte à un double écart, d’une part, entre ce que les acteurs extérieurs attendent de l’UA en termes de maintien de la paix et ce que l’UA peut réellement réaliser et d’autre part, un écart interne à l’UA, ce que l’Union dit et projette, et ce que les États membres sont prêts à faire.
Dans un premier temps, l’autrice décrit l’architecture internationale du maintien de la paix et l'écart entre les ambitions internationales et les moyens réels. Elle rappelle la structure financière du maintien de la paix de l’UA en soulignant l’importance de la résolution 2719 (S/RES/2719) du Conseil de sécurité des Nations unies de 2023 qui a établi un cadre pour les contributions non évaluées par l'ONU destinées à financer les opérations de paix menées par l'UA. Mais elle déplore cependant la non mise en œuvre de cette résolution ainsi que la réduction des budgets onusiens pour le maintien de la paix. Elle souligne également le poids des accords bilatéraux avec des puissances moyennes qui érodent son autorité en termes de médiation.
Dans un second temps, Corinne van Emmerik se concentre sur les tensions et problématiques internes de l’UA et aborde le second écart, celui entre la volonté des États membres et les moyens réels. Elle analyse les dynamiques politiques de l’UA sous la direction de la nouvelle Commission, dirigée par Ali Youssouf, qui ne parvient pas à imposer un cap politique au sein de l’UA. Il a également mis en œuvre une centralisation de la gestion de l’Union à laquelle s’opposent plusieurs États membres qui militent pour une gestion davantage intergouvernementale. L’autrice souligne également l’absence d’émergence d’une voie africaine portée par un État membre en particulier mais aussi, le décalage entre les ambitions sécuritaires de l’organisation et la réalité des moyens accordés par les États membres. De plus, l’autrice identifie plusieurs tensions entre les États membres et un manque d’investissements financiers et politiques en faveur de la sécurité du continent au profit de la souveraineté nationale.
Enfin, Corinne van Emmerik formule quatre grandes recommandations. Pour l’autrice, face à ses capacités financières et opérationnelles limitées, l’UA devrait privilégier la prévention, la médiation et la coordination politique. L’UA devrait revoir la répartition des tâches entre l’Union et les organisations régionales qui sert aujourd'hui principalement à transférer les coûts et les responsabilités. Aussi, l’UA devrait limiter les financements extérieurs à des fins d’autonomisation vis-à-vis des partenaires internationaux. Enfin, elle devrait s’attaquer aux causes politiques et socio-économiques des conflits plutôt que de limiter son action aux conflits qui découlent de ces causes. L’autrice conclut par ailleurs que l’UA ne pourra jouer pleinement son rôle et apporter des solutions à ces problèmes, en obtenant de plus grands moyens politiques, financiers et institutionnels de la part des États membres.
Corinne van Emmerik, « African solution or african burden ? The asymetries in AU leadership in peace operations », Danish Institute for International Studies,
