Face au recul du soutien international, repenser la sécurité africaine de l’intérieur

Dans cet article publié par l’Institute for Securities Studies (ISS), Jakkie Cilliers, responsable du programme African Futures and Innovation de l’ISS, analyse les conséquences de la contraction du financement onusien du maintien de la paix sur la sécurité du continent africain, et formule des pistes pour une autonomisation progressive. 

L’auteur souligne d’abord que l’Afrique se trouve à un tournant particulièrement difficile, combinant fragilités structurelles internes et effondrement du soutien international à la paix et à la sécurité. Le désengagement financier américain est particulièrement marqué : les États-Unis accumulent 1,8 milliard de dollars d’arriérés et un sous-comité du Congrès a proposé de réduire leurs contributions à l’ONU de 60 %. Selon Cilliers, ce désinvestissement ne sera pas comblé par de plus larges contributions des autres États, y compris la Chine malgré la montée en puissance de cette dernière. Côté africain, l’Union africaine peine à compenser : ses missions reposent sur des contributions volontaires irrégulières, et la résolution 2719 (S/RES/2719), qui permettrait un financement onusien des opérations de paix africaines, reste inappliquée. 

Face à ce vide, des modèles alternatifs se multiplient : déploiements bilatéraux financés par les États-Unis ou l’Union européenne, sociétés militaires privées, ou encore interventions ancrées dans des intérêts commerciaux. La Turquie illustre cette tendance en liant étroitement son soutien sécuritaire à des contrats d’infrastructure et d’exploitation pétrolière, notamment au large de la Somalie. Ces formules soulèvent toutefois de sérieuses questions en matière de respect du droit et de protection des civils, comme en témoigne le bilan des Africa Corps au Mali. 

C’est pourquoi l’auteur plaide pour une refonte endogène des systèmes de sécurité africains. Il appelle à adapter les structures militaires aux menaces réelles – souvent intérieures plutôt qu’externes – en délaissant les modèles européens hérités au profit d’équipements et de formations mieux ajustés aux contextes ruraux et contre-insurrectionnels. Il insiste également sur la nécessité pour les gouvernements africains de cesser d’interférer dans les affaires de leurs voisins, et de renforcer la gouvernance comme condition première de paix durable. Le risque central, conclut-il, est de substituer une dépendance à une autre, là où il faudrait construire des architectures de sécurité véritablement responsables et autonomes. 

Jakkie Cilliers, « Peacekeeping funding cuts mean Africa must rethink security », Institute for Security Studies