Reprendre la main sur l'IA : AI Swiss publie BASE, un standard ouvert pour en maîtriser les usages

AI Swiss publie BASE, un cadre ouvert et gratuit pour structurer son travail avec l'IA dans des fichiers texte que l'on possède, à l'échelle d'une personne, d'une équipe ou d'une entreprise. À mesure que l'IA générative s'installe dans le travail quotidien, l'enjeu ne se réduit plus au choix d'un modèle ou d'un outil : qui définit la manière dont vous pensez, vérifiez et travaillez avec elle? BASE rend cette manière de travailler explicite, lisible et transportable. Il aide chacun à garder la maîtrise de ses usages et de son savoir-faire, au lieu de les enfermer dans un service particulier.

La souveraineté numérique ne se limite pas aux infrastructures.

On associe souvent la souveraineté numérique aux serveurs, aux puces, aux modèles ou aux lieux d'hébergement. Ces dimensions comptent, mais elles ne suffisent pas. Dans le travail réel avec une IA générative, la dépendance naît aussi de l'organisation des échanges, du contexte transmis au modèle et des habitudes de délégation que l'outil installe. Quand une plateforme détermine seule ces éléments, elle ne fournit pas seulement un service : elle façonne une part de la méthode de travail. Reprendre la main, c'est pouvoir articuler, structurer et faire évoluer soi-même sa relation aux modèles.

«De nombreuses entreprises nous demandent comment tirer parti de l'IA: avec quels outils, quelle structure, selon quelle gouvernance», explique Charles-Edouard Bardyn, créateur de BASE et directeur scientifique d'AI Swiss. «BASE est notre réponse : un cadre éprouvé sur le terrain, pour articuler son savoir et son savoir-faire sans les enfermer dans un outil.»

Structurer son savoir pour mieux travailler avec l'IA.

Un modèle de langage dispose d'une vaste représentation du monde, mais il ignore votre organisation, vos règles, vos dossiers, vos clients, vos arbitrages et vos manières de travailler. À chaque conversation, ce contexte doit lui être fourni de nouveau. À défaut, il finit souvent dans la mémoire propre à un outil, sous une forme que l'utilisateur ne voit pas clairement et ne maîtrise pas. BASE propose une autre voie: structurer ce contexte soi-même, dans des fichiers texte lisibles, avec juste assez d'ordre pour que l'IA l'exploite correctement.

L'approche ne demande pas de programmer. Elle demande d'apprendre à articuler ses besoins avec ses mots: dire à l'IA ce que l'on cherche à faire, dans quel contexte, avec quels critères, quelles sources et quels points de vérification. Ces formulations deviennent des fichiers que l'on peut relire, corriger, partager et conserver. Comme ils ne dépendent d'aucun modèle particulier, ils restent utiles lorsque l'utilisateur change d'outil.

«La question n'est pas de collectionner des agents ou de changer de modèle à chaque nouveauté», ajoute Charles-Edouard Bardyn. «C'est de savoir comment articuler votre travail avec l'IA. Avec BASE, cette articulation reste chez vous, dans des fichiers que vous pouvez ouvrir, relire, corriger et transmettre, largement indépendants du modèle choisi.»

Concrètement.

Prenons une personne qui rédige souvent le même type de document: un devis, une offre, un rapport. L'enjeu n'est pas seulement d'éviter de répéter les mêmes consignes. Il s'agit de rendre explicite sa manière de travailler: les exigences du document, les critères de décision, les informations à prendre en compte, les vérifications indispensables et les sources à consulter. BASE aide à organiser ces éléments en une méthode lisible pour les équipes, exploitable par l'IA et perfectible dans la durée.

Ce qui se construit ainsi dépasse la qualité d'une réponse isolée. BASE aide à constituer un patrimoine d'expertise: des règles, des critères et des processus que les équipes peuvent lire, discuter, corriger et faire évoluer. Cette expertise devient un actif que la personne ou l'organisation possède, au lieu de rester dispersée dans des conversations, des réglages d'outil ou des habitudes implicites.

«BASE nous a aidés à poser la bonne question: qui possède l'articulation de notre façon de travailler avec l'IA?», témoigne Marie-Laure Gallez, responsable projet IA chez Innovaud, qui a contribué à l'amorçage des cas d'usage PME de BASE. «Quand les règles, le contexte et les méthodes sont écrits dans des fichiers que les équipes comprennent, les outils peuvent changer sans que tout soit à reconstruire. Les outils passent, le contexte reste.»

Un cadre volontairement sobre.

BASE réunit les éléments nécessaires lorsque l'usage de l'IA grandit: une organisation claire des fichiers; une séparation entre les règles, les rôles et les marches à suivre qui guident l'IA, et les données, les sources et les connaissances qu'elle doit consulter; un aiguillage qui dirige chaque demande vers la bonne méthode; une application locale, BASE Studio, pour visualiser et entretenir ce que l'on a écrit. Il prévoit aussi des évaluations pour suivre la qualité des processus dans la durée.

Cette sobriété est volontaire. BASE ne cherche pas à devenir une plateforme de plus, mais à proposer un standard commun: assez structuré pour rendre le travail lisible, vérifiable et maîtrisable; assez simple pour rester compréhensible et durable. Il ne retient que le nécessaire pour organiser l'interaction avec l'IA et maintenir l'humain en position de comprendre, de vérifier et de corriger.

Ce que BASE ne fait pas.

BASE ne rend pas l'IA infaillible: un modèle pourra toujours se tromper. Il ne vérifie pas non plus à la place de l'utilisateur. Il aide surtout à faire de la vérification une étape explicite des méthodes de travail, soutenue par une documentation consacrée à la co-pensée, cette science appliquée des interactions humain-IA. BASE ne remplace ni la sécurité informatique, ni la protection des données, ni l'archivage légal, ni la gouvernance propre à une organisation. Il ne remplace pas le choix responsable d'un modèle ou d'un fournisseur. Une revue de sécurité indépendante est prévue, mais pas encore réalisée.

Disponibilité.

BASE est disponible librement sur GitHub: https://github.com/ai-swiss/base. Le code est publié sous licence Apache-2.0, les contenus, la documentation et les exemples sous licence CC BY 4.0. Ces licences ouvertes autorisent l'usage, l'adaptation et la reprise, y compris commerciale. BASE s'installe et fonctionne sur un ordinateur local. Il s'accompagne d'une documentation en français et en anglais, ainsi que d'une douzaine d'exemples métier, du devis à la gestion de projet ou aux ressources humaines. Présenté à Innovaud le 25 juin, BASE en est à sa version 1.0.0, première version publique.

AI Swiss publie BASE par conviction: à l'âge de l'IA, chacun doit pouvoir maîtriser cette technologie plutôt que de la subir. Cette maîtrise ne dépend pas seulement de la littératie des outils ni de l'ingénierie des modèles. Elle suppose une voie plus quotidienne et plus durable: apprendre à structurer l'interaction humain-IA, avec des méthodes, des outils et une culture commune. BASE est une contribution ouverte à cet effort.

«Avec BASE, AI Swiss ne propose pas un outil de plus, mais une manière plus durable de travailler avec l'intelligence artificielle», souligne Stéphane Fallet, président d'AI Swiss. «Notre ambition est d'aider les personnes et les organisations à préserver la maîtrise de leur expertise, de leurs méthodes et de leurs décisions. L'IA doit renforcer notre capacité d'agir, pas créer une dépendance opaque.»