Face aux tensions géostratégiques au Moyen Orient, quel impact de la décision de l'OPEP+ de relever sa production de 206.000 barils/j ?
- Source geneva-institute.com
- Date : 2026-04-05
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Sur une production mondiale de pétrole brut, condensats et liquides en hausse d'environ 2 à 3 % par rapport à 2024, ressortant à 4,92 milliards de tonnes en 2025 et une consommation mondiale de pétrole d’environ 104/105 millions de barils/j et une consommation mondiale de gaz naturel d’environ 4 286 milliards de mètres cubes en 2025, l’OPEP+ (environ 50% de la production mondiale) a décidé de relever sa production de pétrole de 206 000 barils par jour à partir de mai 2026, marquant une reprise de l'augmentation progressive des quotas malgré les incertitudes du marché, dans un contexte de tensions extrêmes , cette hausse, visant à compenser les perturbations liées au Moyen-Orient et à la fermeture du détroit d'Ormuz, Les analystes estiment que l'augmentation réelle de l'offre sera inférieure aux nouveaux quotas en raison de la situation géopolitique et des capacités de production limitées de certains membres.
1-Le facteur principal actuel qui détermine le prix du pétrole et gaz qui fluctue avec un écart jamais atteint entre 20 à 30% selon les déclarations politiques, négociations ou continuer la guerre entre les Etats Unis d’Amérique, Israël et l’Iran ce sont donc tensions géostratégiques et outre les tensions en Mer rouge, avec la fermeture du détroit d’Ormuz où transitent plus entre 20/25% des hydrocarbures notamment en direction de l’Asie.
Rappelons que le conflit Russie-Ukraine et les sanctions occidentales ont fait que le prix du pétrole et gaz cédé à un prix plus bas que celui du marché notamment vers la Chine et l'Inde et qui ont influencé le cours des hydrocarbures avec une la hausse des taux d’inflation avec pour conséquences un durcissement des conditions financières mondiales dont le relèvement des taux d’intérêts qui a d’ailleurs accru l’endettement de bon nombre de pays en voie de développement et ont eu un impact négatif sur le taux de croissance, avec des perturbations des chaînes d’approvisionnement.
Dans ce contexte, la rupture des chaînes d’approvisionnement venant du Moyen Orient principal réserves mondiales explique les tensions actuelles. Le magazine Oil & Gas Journal donne la liste des pays du Moyen-Orient qui détiennent les plus importantes réserves de pétrole, exprimées en milliards de barils : Arabie Saoudite : 267,19 milliards de barils, Iran 200 milliards de barils , l’Irak : 145,01 milliards de barils, Émirats arabes unis : 113 milliards de barils, Koweït : 101,5 milliards de barils, Qatar : 25,24 milliards de barils, Sultanat d’Oman : 4,90 milliards de barils, Égypte : 3,30 milliards de barils Oman 5,7 milliards de barils et le Yémen : 3,00 milliards de barils.
2- Pour les pays du Maghreb et l’Afrique, nous avons la Libye 48,36 milliards de barils, l’Algérie : 12,20 milliards de baril, le Nigeria 37 milliards de barils, l’Angola 7,78 , le Soudan 5 et le Sénégal 2,5 milliards de barils. Pour le gaz les réserves des pays du Moyen-Orient, données réactualisées sont l’Iran 32100 milliards de mètres cubes gazeux, le Qatar 24700, l’Arabie Saoudite 6000,Emiraties 5900, l’Irak 3500 Egypte 2200, Oman 700 et pour les pays du Maghreb et l’Afrique , nous avons Algérie 2450, la Libye 1500, le Nigeria 5500 , le Mozambique 4500 et récemment le couple Sénégal/Mauritanie projet grand Tortue 530 milliards de mètres cubes gazeux. Selon la Fondation de la recherche scientifique au bord de Gaza existent des réserves extractibles estimées à environ 35 milliards de mètres cubes gazeux et près de 2 000 milliards de m3 de gaz naturel et le même volume, ou presque, serait encore enfoui sous le plateau continental du bassin levantin, ce qui pourrait également expliquer, en partie, les tensions actuelles pour contrôler ces réserves.
Les tensions au Moyen Orient ont montré l’importance du détroit d’Ormuz contrôlé par l’Iran qui est un point de passage maritime stratégique vital, par lequel transitent quotidiennement environ 20 à 21 millions de barils de pétrole brut, condensats et produits pétroliers, représentant plus de 20 % de la consommation mondiale d’hydrocarbures et un tiers du pétrole transporté par mer.
3-Or, l’OPEP composé de treize membres de l’OPEP qui sont l’Algérie, l’Angola, l’Arabie saoudite, le Congo, les Émirats arabes unis, le Gabon, la Guinée équatoriale, l’Iran, l’Irak, le Koweït, Libye, le Nigeria et le Venezuela, la majorité de la production vient du Moyen Orient surtout de l’Arabie Saoudite , le Qatar et de l’Iran (pétrole et gaz), les autres pays étant marginaux et les10 autres pays membres de l’OPEP+ sont l’Azerbaïdjan, le Bahreïn, le Brunéi, le Kazakhstan, la Malaisie, le Mexique, Oman, le Soudan, le Soudan Sud et la Russie principal acteur. Selon l’Agence internationale de l’Énergie, l’OPEP représente 34% de la production mondiale et l’OPEP+ compte pour environ 51% de la production mondiale de pétrole. Aussi, malgré la hausse annoncée , l’impact serait faible si les tensions persistent avec le risque de pénurie entre 15/ 20% de l’offre mondiale perturbée montrant que la décision de l’OPEP+ illustre les limites des politiques de production face aux crises géopolitiques laissant planer un risque durable sur les marchés énergétiques mondiaux.
4-Transitoirement certains pays africains peuvent suppléer à cette crise énergétique mais soyons réaliste, ne pouvant couvrir le déficit du Moyen Orient . Les principaux pays pétroliers et gaziers en Afrique sont concentrés en Afrique du Nord et dans le Golfe de Guinée, avec le Nigeria , la Libye , l’Algérie l’Angola l’Egypte, le Congo, le Gabon, le Ghana , le Tchad, la Guinée Equatoriale , le Sénégal-Mauritanie( Ile de la Tortue) le Cameroun et des petites réserves au Niger. Ces pays détiennent la majorité des réserves, la Libye (39%) et le Nigeria (30%) dominant le pétrole brut. Les principaux pays gaziers en Afrique, détenant la majorité des réserves et de la production, sont l'Algérie, le Nigéria, l'Égypte et la Libye, qui concentrent près de 78 % des réserves africaines. Le Mozambique, le Sénégal, la Mauritanie et la Tanzanie émergent comme de nouveaux acteurs clés avec d'importantes découvertes.
Dans le contexte des tensions USA-Iran début 2026, les producteurs africains de pétrole et de gaz en fonction de leur consommation intérieure qui est souvent élevé comme en Algérie du fait des subventions, approchant les 50% , peuvent stabiliser le marché mondial en augmentant leurs exportations notamment vers l'Europe offrant une alternative, loin du détroit d'Ormuz, permettant de compenser une partie des ruptures d'approvisionnement.
En conclusion, sans la résolution du conflit au Moyen Orient et notamment de la réouverture du détroit d’Ormuz, et la remise en exploitation des exploitations partiellement détruites , l’impacts de la décision récente de l’OPEP+ aura un impact limité profitant le plus à la Russie et pénalisant toute l’Asie et notamment la Chine en cas de fermeture totale, les pays membres du Moyen Orient dominants au sein de dette organisation étant soumis à de fortes contraintes. De ce fait le conflit USA-Israël-Iran provoque une forte volatilité, avec une hausse du baril de Brent et du gaz qui menace l'économie mondiale et pèse particulièrement sur les économies africaines importatrices via la hausse des carburants et des factures d'importation.
Outre les tensions géostratégiques évoquées précédemment, le facteur essentiel durable est la croissance de l’économie mondiale menacée sans oublier qu’à moyen et long terme horizon 2030/2040, le nouveau modelé de consommation énergétique en fonction des politiques de la transition énergétique qui influent sur les prix des hydrocarbures transitionnels :bio gaz, efficacité énergétique et énergies renouvelables dans toutes ses variétés dont le développement du solaire, de l’hydrogène vert, bleu et blanc.
Dr Abderrahmane Mebtoul- Professeure des universités , expert international.
