Les impacts du conflit Usa-Israël-Iran : coûts financiers et risque de récession de l’économie mondiale

Le conflit USA-Israël-Iran menace l’économie mondiale déjà fragile, la croissance économique mondiale en 2026 avant ce conflit étant déjà caractérisée par un ralentissement structurel s'établissant entre 2,6 à 3,3% selon FMI/BM . certainement encore plus bas  selon la directrice du FMI si ce conflit devait se prolonger , agissant comme un choc d'offre négatif, par une hausse de l'inflation, par une hausse de chômage et la perturbation des chaînes d'approvisionnement, donc une stagflation : faible taux de croissance, chômage et inflation.  Cela est accentué à travers la fermeture du détroit d'Ormuz où transitent 20/25% des flux d’hydrocarbures sans compter les tensions en Mer rouge. Cela se traduit par un cours élevé   des hydrocarbures fluctuant  au gré des déclarations du président américain entre 100/120 dollars le cours du Brent et entre 50/70 dollars le cours du mégawattheure de gaz (les prix du gaz en Asie ont augmenté de plus de 140 % après des frappes sur des infrastructures au Qatar), impactant les coûts de production et de transport. L’OCDE prévoit que l'inflation mondiale sera relancée, atteignant potentiellement 4,2 % aux États-Unis (contre 2,6 % initialement prévus) et augmentant significativement dans la zone euro .

Face à cette situation, les bourses ont été fébriles mais pas effondrées, la vulnérabilité étant moindre qu'en 2022 selon certains analystes et cette hausse de l'inflation liée à la guerre a entraîné une augmentation des taux d'intérêt, réduisant la capacité d'emprunt immobilier .     Pour les trois zones qui tirent à plus de 80% l’économie mondiale nous avons :  pour  la Zone Euro, la croissance pourrait ralentir à seulement 0,5 % au second semestre 2026 ;  la croissance américaine, après avoir ralenti à environ 2,2 % en 2025, devrait stagner autour de 1,5 % à 1,8 % en 2026 ; pour l’Asie qui devrait maintenir une croissance robuste, prévue autour de 4,5 % en 2026, consolidant son rôle de moteur économique mondial, mais pour la Chine, pivot essentiel de l’Asie, la  croissance pourrait tomber sous la barre des 3 % en raison de sa forte dépendance aux importations énergétiques du Moyen-Orient ;  les pays  du Golfe comme le Koweït ou le Qatar pourraient voir leur PIB chuter de 14 % en 2026 si les hostilités persistent  et  l’ONU évalue le coût pour les pays arabes à 186 milliards de dollars ,en un mois ,soit 6% du PIB régional  soulignant la fragilité de leur économie de rente . 

Pour l'Afriquela vulnérabilité est structurelle, bien que seulement 13% des importations totales du continent passent par le détroit d'Ormuz, ce conflit impactera les économies et  pourrait coûter jusqu'à 3 points de croissance aux économies africaines ( source United Nations Development Programme https://www.undp.org )  via  ses   exportations, une crise mondiale  entrainant  une diminution de la demande en volume et une diminution des IDE, excepté les  pays riches en hydrocarbures mais ce qu’ils gagnent  , ils le perdent  par la hausse des prix des produits  alimentaires du fait de la hausse  des inputs ( prix de l’engrais)  et de la hausse  du prix des matières premières et produits finis importés.

1-Coût financier pour l’USA.

Il s‘agit de replacer les coûts financiers des USA au sein de leurs objectifs géostratégiques qui entendent rester la première puissance mondiale économique et militaire, leur principal concurrent étant la Chine.  En 2025, pour 113.000 milliards de PIB mondial, selon les données du FMI les USA  représentent  30.600 milliards de dollars de PIB pour une population ne dépassant pas  de 342  millions d’habitants contre  20.000 milliards de dollars de PIB  pour la Chine , 1,4 milliard d’habitants, 2.540 milliards de dollars de PIB  pour la Russie avec une population de 140 millions d’habitants, selon l'indice de "soft power", tout en surveillant des zones stratégiques comme le Sahel d’où leur plan pour la résolution du conflit du Sahara occidental , concentrent leurs actions sur le maintien du dollar comme monnaie internationale et soutien aux entreprises stratégiques, sur le maintien de leur hégémonie mondiale face à la Chine, la sécurisation énergétique (prix du pétrole , et le contrôle de zones clés comme le Moyen-Orient et l'Arctique, cette posture implique une militarisation accrue (750 bases)  le Pentagone anticipant  une militarisation de l'Arctique due à la fonte des glaces, cruciale pour les routes maritimes et les ressources .

A fin mars 2026,  les dépenses militaires américaines ont explosé dès le début du conflit, en février/mars 2026 sont estimées : Entre 800 millions et 1 milliard de dollars par jour en moyenne  et  plus de 11,3 milliards de dollars ont été dépensés rien que durant les six premiers jours  et  le coût budgétaire total pour les États-Unis pourrait atteindre entre 65 / 115 milliards de dollars selon la durée de l'engagement, en rappelant que la perte de radars américains sophistiqués (ex: AN/TPY-2) coûte environ 500 millions de dollars par unité. Avec une hausse de l’inflation pénalisant les ménages américains, la promesse du président américain lors de son élection est la maîtrise de l’inflation. Si le conflit dure plus de trois mois, son coût total pourrait dépasser celui de la guerre en Irak de 2003 (plus de 60 milliards de dollars). Des estimations à long terme (Stiglitz/Bilmes) suggèrent une facture totale, incluant la dette et les soins aux vétérans, comprise entre 1 000 et 3 000 milliards de dollars.  Et selon Kevin Hassett, conseiller économique de la Maison Blanche. Le Pentagone a par ailleurs demandé à la Maison Blanche d’approuver un budget supplémentaire de plus de 200 milliards de dollars à soumettre au Congrès .

2-Coût financier pour l’Iran.

Bien que le régime dispose de ressources énergétiques massives, sa capacité à soutenir un effort de guerre prolongé est sérieusement remise en question par une crise financière systémique ,ses réserves de change fin 2025 étant inférieures à 35 milliards de dollars et tirant ses ressources  en devises à plus de 80% de ses exportations. L'économie, étant  déjà sous sanctions, devrait   subir une contraction sévère (prévue à 10 % pour 2026 ), des destructions d'infrastructures et une baisse drastique des revenus.  Le gouvernement a annoncé une augmentation de 200 % de son budget militaire largement contrôle comme l’économique à plus de 60% par les gardiens de la révolution, pour l'année 1404 (mars 2025 – mars 2026), suivie d'une hausse nominale de 145 % pour l'année suivante (2026-2027, le coût des opérations militaires étant  estimé à plusieurs centaines de millions de dollars par jour   une charge colossale pour un budget national total estimé à environ 65,7 milliards de dollars en 2024.Il s’ensuit l’effondrement de sa monnaie, le  rial qui  a atteint des bas historiques, s'échangeant à plus de 1,7 million pour un dollar début 2026, reflet selon la Banque mondiale d’une contraction de l'économie iranienne en 2025 et 2026, avec une inflation globale approchant les 60 % où uniquement l’inflation alimentaire dépasse les 70 %, alimentant un mécontentement social qui fragilise la stabilité interne du régime. Certes l'économie iranienne, bien que riche en ressources (3e réserve mondiale de pétrole, 2e de gaz), un potentiel industriel (automobile, pétrochimie) et une main-d'œuvre formée, bien que structurellement affaiblie par des sanctions internationales prolongées a prouvé sa capacité à encaisser de multiples chocs, notamment grâce à des décennies de sanctions  donc très résiliente grâce à  ses liens avec la Russie, surtout de la Chine qui maintient l'économie iranienne sous perfusion, limitant l'isolement total, avec des accords à long terme qui garantissent un minimum de revenus et donc malgré les frappes, continue de tirer des revenus de l'exportation de pétrole, le détroit d’Ormuz n’étant pas totalement fermé. Mais ces alliances sont mises à rude épreuve d’autant plus que l’objectif des américains est d’occuper l'Île de Kharg (ou Khârg), située dans le golfe Persique, qui est le principal hub pétrolier de l'Iran. Elle abrite le plus grand terminal d'exportation de brut du pays, traitant environ 90 % à 95 % des exportations de pétrole et gaz iranien. A l’heure actuelle, il ne s’agira pas d’une invasion de l’intégralité du territoire iranien, qui n’aurait que peu de chances d’aboutir et qui n’aurait que peu de sens d’un point de vue stratégique mais s’agir essentiellement de raids menés par des forces spéciales et de la prise de contrôle, par des forces conventionnelles, de sites stratégiques pour une durée déterminée avec pour but d’asphyxier financièrement l’Iran pourtant  membre des BIRCS+ et du groupe de défense de Shanghai. Qu'en sera t-il où les gardiens de la révolution, sauf si d'autres forces politiques prônant la négociation ne prennent pas le dessus ce qui préfigure non pas un changement du régime mais sa mutation interne ,  opteraient pour une déflagration de toute la région? Quel sera aussi la réaction de la Chine le plus grand perdant  et de la Russie le plus grand bénéficiaire de ce conflit accroissant ses recettes des ventes d'hydrocarbures, qui lors de l’attaque US contre le Venezuela ont été passifs  car dans les  relations internationales n’existent pas de sentiments  mais que des intérêts?  Il n'est ni dans l’intérêt des USA et d’une manière générale de l’Occident  de renouveler les expériences négatives  de l’Irak, et de la Libye et de plonger l’économie mondiale dans une longue récession, ni d'Israël dont l'immense majorité de la population aspire à la paix, ni de l’Iran étant  déjà sous sanctions,  subissant une contraction sévère (prévue à 10 % pour 2026 ), des destructions d'infrastructures et une baisse drastique des revenus pétroliers car  une  durée de plusieurs mois du conflit avec une "autarcie totale" est insoutenable à terme, le pays traversant  une crise profonde, marquée par une chute du pouvoir d'achat et une pauvreté en hausse, entraînant des tensions sociales .

3-Cout financier pour Israël .

Le coût économique des guerres est colossal : depuis le 7-Octobre, Israël ayant perdu l'équivalent de 8,5 % de croissance de son PIB, soit 177 milliards de shekels, (0,33  pour un dollar) d'après l'estimation de la banque centrale. Les opérations de Tsahal coûtent environ 500 millions de dollars par jour. Israël est largement soutenu financièrement par les USA et l’Occident à travers ses nombreux réseaux.   Pour  d’autres estimations,  les  dépenses de l’armée israélienne au cours des 20 premiers jours de la guerre contre l’Iran ont atteint environ 6,4 milliards de dollars, le gouvernement israélien ayant  approuvé une allocation budgétaire d’urgence de 825 millions de dollars pour l’achat de « fournitures de sécurité urgentes » d’un déficit croissant en missiles intercepteurs selon le quotidien israélien Haaretz et la chaîne israélienne Channel 12 se préparant  à demander des financements supplémentaires et toujours selon ce quotidien les dépenses quotidiennes ont atteint en moyenne environ un milliard de shekels (soit près de 320 millions de dollars) durant cette période. Le budget total alloué à la gestion de la guerre s’élève à environ 39 milliards de shekels (près de 12,5 milliards de dollars), les sources indiquant que le rythme actuel des dépenses permettrait d’estimer la durée potentielle de cette guerre.

Quelles perspectives ?

L’évolution du conflit face à une résistance iranienne que n’avaient pas anticipé Washington et Tel-Aviv , la guerre contre l’Iran a conduit  à un choc négatif sur  toute  l’économie mondiale. Il a changé de nature de part et d'autre. Des objectifs militaires, elles visent désormais   les centres de santé, les centrales électriques, les champs pétroliers et gaziers et les installations de désalinisation de toute la région alors que ces infrastructures dans un espace relativement désertique constituent le socle du fonctionnement  de leurs économies et les besoins essentiels de leurs populations. Le président Trump vient d’annoncer le 02 avril 2026 qu'à court terme  qu’au cours des deux et trois  prochaines semaines, le conflit devrait se poursuivre et  les campagnes de bombardements devraient continuer avec une intensité égale, Sur le moyen terme cependant, des évolutions devraient avoir lieu, en raison notamment de la nécessité, tant pour Washington ,  Israël et que pour  l’Iran  de trouver une issue à ce conflit .

La  potentielle opération terrestre US  en Iran, alors que des négociations informelles  est de faire la pression militaire et diplomatique contre les autorités iraniennes dans le cadre d’éventuelles négociations directes , le président Trump étant pris par le temps désirant se désengager de ce conflit existant  une divergence  avec l'aide extrémiste d'Israël,  risquant de perdre les élections  de novembre 2026  sous la pression  d’une large fraction de la population américaine hostile à cette intervention.

En bref, après cette guerre, et ce qui se passe en Palestine,  au Liban, dans les pays du Golfe,  la carte  du Moyen Orient ne sera plus jamais comme avant , ce qui annonce d'ailleurs plus généralement une profonde mutation géostratégique. La crise au Moyen-Orient rappelle que l’Afrique reste vulnérable face aux chocs externes et doit développer sa résilience : diversification énergétique, industrialisation et diplomatie proactive sont autant de leviers pour limiter les effets de la guerre. L’Afrique, devra préserver ses intérêts et donc  tirer les leçons de ce conflit par des stratégies d'adaptation reposant sur la nécessaire cohésion sociale interne  renvoyant à la bonne gouvernance .

Annexe :

1-Pour les champs de production et gaz qui sont soumis à des attaques alimentant l’économie mondiale, nous avons :

-Ghawar (Arabie saoudite) : Le plus grand gisement de pétrole conventionnel au monde.

-South Pars (Iran/Qatar) : L'un des plus vastes gisements de gaz naturel au monde, stratégique pour l'approvisionnement mondial.

-Masjed Soleiman (Iran) : Historiquement significatif comme le premier champ pétrolier découvert au Moyen-Orient.

Pour les raffineries et complexes pétrochimiques qui transforment le pétrole brut en produits finis (carburants, produits chimiques), nous avons

-Raffinerie de Ruwais (Émirats arabes unis) : Un complexe colossal situé dans l'émirat d'Abou Dhabi, pilier du système énergétique émirati.

-Raffinerie de Ras Tanura (Arabie saoudite) : L'une des plus grandes raffineries du Moyen-Orient, située sur le Golfe persique

-Raffinerie de Samref (Yanbu, Arabie saoudite) : Située sur les rives de la mer Rouge.

Pour les terminaux d’exportation et pôles de liquéfactions (GNL) qui servent à stocker et à expédier les hydrocarbures vers les marchés internationaux, nous avons :

- Laffan (Qatar) : Le plus important pôle de liquéfaction de gaz naturel (GNL) de la planète qui vient de subir des dommages importants et selon le ministre dues hydrocarbure  qatari il faudra entre 3 à 5 ans pour revenir à sa capacité initiale .

- de Kharg (Iran) : Centre névralgique par lequel transite une immense partie des exportations de brut iranien (plus de 80% d'exportation de pétrole) et tout blocage risque d’asphyxier financièrement l’Iran.

2-C’est que les pays du Golfe dépendent de manière critique du dessalement pour plus de 70% à 90% de leur eau potable : 90% au Koweït, le Qatar dépend à 99 % du dessalement pour alimenter sa population, de même que le Koweït, où ce chiffre atteint 90 %, l’Arabie saoudite 70 %, les Emirats arabes unis, au deuxième rang derrière leur voisin saoudien, où cette technologie fournit 42 % des besoins.

L'Iran qui connaît également une crise de l'eau possède également des unités de dessalement d'eau de mer, notamment situées le long  de ses zones côtières , dont certaines ont récemment fait l'objet d'une attention particulière dans le contexte géopolitique actuel. Ainsi, le 08 mars 2026 Bahreïn a accusé Téhéran d’une attaque de drones sur une unité de dessalement  d’eau de mer tandis que l’Iran a dénoncé une frappe similaire  sur l'Île de Qeshm , ces attaques menaçant les fondements du modèle de développement  de la région  avec des impacts  sanitaires et alimentaires . Pour les plus grandes usines de dessalement au Moyen Orient  en fonction de leur capacité et coût nous avons :

-Ras Al Khair, Arabie Saoudite : 2.998.OOO m3/jour 7,2 milliards de dollars, elle est communément considérée comme le poids lourd du dessalement au monde est un projet hybride qui utilise à la fois les technologies de flash thermique à plusieurs étages (MSF) et d’osmose inverse (RO). Situé à 75 km au nord-ouest de Jubail et desservant Riyad .

-l’usine de Djebel Ali Emiraties de 2.228.OOO m3 jour 3 milliards de dollars

-l’usine de Fujaïrah Emirats de 1.O45.361 mètres cubes jour entre 65O/7OO millions de dollar.

- l’usine de Taweelah Emiraties de 9O9.2OO millions de mètres cubes jour, 874 millions de dollars .

-l a Compagnie des eaux et de l’électricité de Jubail Arabie Saoudite de  8OO.OOO mètres cubes jour coût entre 8OO et 1OOO millions de dollars .

- l’usine d’Umm Al Quwain Emiraties de 681.OOO millions de mètres cubes jour coût 797 millions de dollars.

- l’usine de Sorek Israël de 64O.OOO mètres cubes jour coût 489 millions de  dollars.

- ’usine de Shuaiba Arabie Saoudite 6OO.OOO millions de mètres cubes jour avec un coût de 821 millions de dollars.

Dr Abderrahmane Mebtoul- Professeure des universités , expert international.