La conquête du pétrole du Venezuela

Si les marchés n’ont pas réagi avec excès au coup de force américain, l’éventuelle relance de la production de pétrole du Venezuela se fera sentir sur les prix et les échanges internationaux.

Après les frappes américaines sur le Venezuela, les cours du pétrole n’ont connu qu’une légère baisse, revenant à 60 dollars le baril de Brent et à 56,6 $ le WTI.

Le Venezuela, pays très riche, a une économie qui vit sous perfusion de la rente des hydrocarbures. La population de 28,5 millions d’habitants dépend pour plus de 95 % de ses ressources en devises du pétrole. Le PIB est estimé en 2024 à 83 milliards $.

L’inflation est massive. La sphère informelle est dominante dans l’économie. Le chômage est élevé. La valeur de la monnaie connaît une chute vertigineuse avec des dévaluations successives. Les réserves sont estimées à 13,6 milliards $ et la dette extérieure à 164 milliards $. Le ratio dette/PIB est de 165 %.

À cause des sanctions, la production pétrolière le Venezuela produisait environ 1 millions de barils par jour en novembre 2025, d’après le rapport mensuel sur le marché pétrolier de l’Opep contre en moyenne en 2024 un peu moins de 900 000 par jour.

Environ 80 % des exportations sont en direction de la Chine souvent via des intermédiaires, pour rembourser des prêts, bien que les flux aient pu fluctuer sous la pression américaine, accessoirement de Cuba, à des prix en dessous du prix international pour contourner l’embargo et avec un client majeur, la compagnie américaine Chevron, avec des exportations en hausse (environ 150 000 barils par jour) qui a été autorisée à rester au Venezuela.

Le Venezuela possède le premier réservoir mondial de pétrole lourd (300 milliards de barils), avant l’Arabie saoudite (et 5500 milliards de mètres cubes de gaz naturel) ainsi que d’importantes richesses naturelles (or, bauxite, fer, nickel, charbon) et un grand potentiel agricole et hydraulique.

La production mondiale en 2025 a été de 103,87 millions de barils/jour. Le Venezuela peut facilement augmenter sa production – qui souffre du manque d’investissements et du délabrement des sites pétroliers –, à des niveaux comparables à ceux des États-Unis (13,5 millions de barils jour), de la Russie (10,5 millions de barils jour) et de l’Arabie saoudite (10 millions de barils jour) ce qui pourrait modifier la carte énergétique mondiale et orienter les prix à la baisse.

La leçon de l’intervention américaine montre qu’en ce XXIe siècle que c’est le primat des intérêts et des rapports de force qui modèlent le nouvel ordre mondial et les relations internationales. L’ONU est impuissante à faire respecter le droit international. La réaction est mitigée du côté de l’Allemagne, de la Grande Bretagne, de la France et de l’Espagne, alors que l’Italie a apporté son soutien.

Les réactions contre les États-Unis sont beaucoup plus diplomatiques que coercitives, tant de la Chine que de la Russie. On peut y voir que ces grandes puissances seront tentées de suivre l’exemple américain pour conquérir de nouveaux territoires sans grands risques et en toute impunité…

Par le Dr Abderrahmane Mebtoul.

Le Dr Abderrahmane Mebtoul est Professeur des universités, expert international , été président de la commission transition énergétique des 5+5 Allemagne 2019/2021.