La Libye, un nouveau départ ?
- Source geneva-institute.com
- Date : 2026-01-09
- Link
Un sommet à Tripoli, une présence accrue à Davos : la Libye cherche à attirer les investissements étrangers, malgré une situation géopolitique délicate.
La Libye possède les plus grandes réserves de pétrole en Afrique et d’importants gisements de fer et d’or. Elle dispose d’un grand potentiel en énergies renouvelables (solaire et éolien) et dans le tourisme. Le maréchal Khalifa Haftar et son Armée nationale libyenne (ANL) contrôlent une grande partie des principaux champs et terminaux pétroliers libyens, ce qui lui confère un levier de pression majeur sur le gouvernement de Tripoli et l’économie nationale, malgré des tensions persistantes et des blocus temporaires de production qui affectent les revenus, essentiels à la stabilité du pays.
La Libye renforce sa stratégie d’attraction des investissements étrangers dans les hydrocarbures. La National Oil Corporation (NOC) lance de nouveaux appels d’offres pour des blocs d’exploration (maritimes et terrestres) en 2026, suscitant un fort intérêt des entreprises américaines et européennes.
Prévu du 24 au 26 janvier 2026 à Tripoli « le Sommet sur l’énergie et l’économie en Libye » accueillera un pavillon américain organisé par l’AmCham (Chambre de commerce américaine), mettant en avant le retour stratégique des entreprises américaines en Libye.
L’Europe est le premier client de la Libye 71 %, suivie du Royaume-Uni 5 %, des États-Unis 5 %, de la Thaïlande, 4 % et de la Chine, 3 %. Les principaux fournisseurs de la Libye sont : l’Europe 37 %, la Chine 22 %, la Turquie, 18 %, Chypre, 4 % et la Corée du Sud, 3 %
Le PIB de la Libye en 2025 est de 50 milliards de dollars. Une forte croissance est attendue grâce au pétrole. Le PIB par habitant est de 6 866 dollars. Les hydrocarbures représentent 60 % du PIB, 90 % des recettes budgétaires et 95 % de la valeur des exportations. Les réserves de change atteignent 99 milliards $.
La Libyan Investment Authority dispose 68 milliards $, dont une grande partie est gelée depuis 2011 par les sanctions des Nations unies.
Forte dépendance au pétrole
La Libye devrait pouvoir mieux gérer ses revenus et ses réserves de change, renforcer la transparence budgétaire, et limiter les captations de rentes par les milices. La Banque africaine de développement a publié, le 8 décembre 2025, son Rapport pays sur la Libye, intitulé « Tirer le meilleur parti du capital de la Libye pour favoriser son développement ». Malgré des défis persistants, la BAD souligne que le potentiel de développement de la Libye est considérable, fondé sur ses besoins de reconstruction, ses importantes ressources naturelles et les opportunités de diversification économique. Les analystes estiment également que la transformation économique de la Libye nécessitera à court terme 111 milliards $ pour sa reconstruction et des investissements annuels d’environ 6,9 milliards $ d’ici 2063, à mesure que les réformes structurelles seront mises en œuvre.
Croissance du PIB réel et croissance du PIB/habitant de la Libye (source : BAD).
Toutefois, souligne la BAD, les progrès demeurent limités par une forte dépendance aux recettes pétrolières, un système fiscal restreint et un sous-investissement dans les secteurs stratégiques. Le système financier reste peu profond, ce qui limite les flux de capitaux nécessaires à la croissance et à la diversification, tandis que le secteur privé opère en deçà de son potentiel, freiné par un niveau élevé d’informalité et par des contraintes réglementaires. Relever ces défis structurels et prioriser la diversification économique est essentiel pour restaurer la stabilité et assurer une prospérité durable.
Dans l’immédiat, et avec l’appui de la BAD, l’objectif est d’optimiser la gestion des ressources et de renforcer la transparence. À moyen terme, il s’agit de donner la priorité à la diversification économique et à une implication accrue du secteur privé. À long terme, il faudra consolider une économie résiliente et diversifiée en élargissant les sources de revenus, en modernisant les politiques fiscales et en renforçant les cadres institutionnels et juridiques.
En matière politique, la Libye et ses quelque 7,5 millions d’habitants font face aux dissensions internes et aux pressions externes. Le pays est une société tribale complexe avec des groupes arabes et berbères. Elle est dominée par les puissantes confédérations tribales comme les Warfalla (la plus grande), les Toubous (au sud), les Infusen (Berbères) et des groupes comme les Touaregs. Lesquels jouent un rôle clé dans les conflits et la gouvernance post-Kadhafi.
Un pays sous influence(s).
Les structures tribales fournissant des réseaux de solidarité, de sécurité et de justice ; mais elles peuvent aussi être une source de division et de conflits, surtout dans le contexte politique actuel.
Après la révolution de 2011 qui a mis fin à 41 années de règne de Kadhafi, la guerre civile (2014-2020) a abouti à la division est-ouest du pays. Le Gouvernement d’unité nationale administre le nord-ouest. Basé à Tripoli et jouissant de la reconnaissance internationale, il est dirigé par le Premier ministre Abdelhamid Dbibegh, le Haut Conseil d’État (chambre haute) et le Conseil présidentiel. Le gouvernement d’unité nationale a reçu pour mandat des Nations unies de conduire la Libye à des élections présidentielles et législatives initialement prévues en décembre 2021.
Le report sine die de ces élections s’est soldé par la création du Gouvernement de stabilité nationale (GSN), basé à Syrte et Benghazi. Il contrôle les trois quarts du pays (est et sud), incluant l’essentiel des installations pétrolières et gazières. Il est dirigé par le Premier ministre Oussama Hammad et soutenu par la Chambre des représentants (chambre basse), ainsi que par l’Armée nationale libyenne (ANL) dirigée par le maréchal Haftar.
Les deux administrations sont soutenues par diverses milices – incluant des mercenaires étrangers, dont Africa Corp (ex Wagner) à l’est – ou corps militaires, dont l’ANL (Armée Nationale Libyenne) du maréchal Haftar, considéré comme le véritable dirigeant de l’est du pays.
Nous voyons donc une Libye divisée en deux, largement influencée par des puissances étrangères. La prolifération des milices affaiblit l’autorité centrale et les groupes armés locaux aggravent l’instabilité. Les factions libyennes s’allient avec des protecteurs étrangers, transférant les rivalités géopolitiques sur le sol libyen, le but étant le contrôle des ressources pétrolières et gazières, ainsi que des routes migratoires.
La Turquie qui a effectué un rapprochement récent avec le maréchal Haftar, dans l’espoir d’asseoir ses ambitions maritimes en Méditerranée orientale et surtout le Qatar sont les principaux soutiens du Gouvernement d’unité national, basé à Tripoli. Les soutiens du maréchal Haftar sont les Émirats arabes unis, l’Égypte, et la Russie qui lui fournissent un soutien aérien et matériel militaire, malgré des intérêts parfois divergents. Les États-Unis et la France maintiennent des liens discrets et soutiennent officiellement les Nations unies pour une solution politique durable ainsi que l’Italie qui a des intérêts énergétiques (gaz/pétrole) et sécuritaires (migrants).
Par le Dr Abderrahmane Mebtoul.
Le Dr Abderrahmane Mebtoul est Professeur des universités, expert international , été président de la commission transition énergétique des 5+5 Allemagne 2019/2021.
